Avastin (bévacizumab) et Lucentis (ranibizumab)

Avastin (bévacizumab) et Lucentis (ranibizumab)Avastin (bévacizumab) et Lucentis (ranibizumab) – Si vous vous rendez régulièrement chez un ophtalmologiste, celui-ci a déjà dû vous parler du risque, avec les années, de développer une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).

L’œil, comme tous les organes du corps humain, vieillit.

Ce vieillissement peut prendre la forme d’une destruction progressive de la macula, c’est-à-dire de la partie de la rétine qui permet la vision centrale.

On appelle cette maladie la dégénérescence maculaire liée à l’âge, car elle est beaucoup plus fréquente après 70 ans.

Elle est relativement commune. Les cas les plus graves peuvent engendrer la cécité.

Il existe des traitements naturels contre la DMLA… mais ce n’est pas l’objet de ce message.

Je ne vais au contraire vous parler que de médicaments, et qui fonctionnent !

Ou qui fonctionnent, du moins, contre la forme « humide » de la maladie (il n’existe pas de traitement actuellement contre la forme « sèche »).

Les deux médicaments contre la DMLA, symbole de la cupidité de Big Pharma
Il existe deux médicaments contre la DMLA :

L’Avastin (bévacizumab), développé par les laboratoires Roche ;
Le Lucentis (ranibizumab), développé par les laboratoires Novartis.
Tous deux sont administrés par injection dans l’œil et ont prouvé leur efficacité dans le traitement de la DMLA.

Il s’agit de deux versions d’une même molécule, inventée par un laboratoire américain, Genentech.

A part le nom et le laboratoire, quelle est donc la différence entre ces deux médicaments ?

Leur prix.

L’Avastin coûte entre 30 et 50 euros, tandis que le Lucentis, entre 800 et 900 euros.

En tant que patient, en tant qu’ophtalmologue, à efficacité égale, vous vous tourneriez naturellement vers l’Avastin. D’autant que le traitement nécessite une injection mensuelle.

C’est ce que tout le monde faisait… jusqu’à ce que le gouvernement français, en 2012, interdise aux hôpitaux le recours à l’Avastin pour lutter contre la DMLA[1] , obligeant patients et médecins à se tourner vers la seule autre possibilité, le Lucentis, 20 fois plus cher !!!

Cette décision a provoqué l’incompréhension et la colère de centaines d’ophtalmologistes en France.

Le jackpot, pour le laboratoire producteur, est avéré : en 2015, le Lucentis était le 4ème médicament qui coûtait le plus cher à l’assurance maladie[2].

318 millions d’euros pour cette seule année-là ! Et ce chiffre d’affaire ne concerne que la France.

Tour de passe-passe médico-administratif
Comment un médicament, efficace contre une maladie, a-t-il pu être en toute impunité interdit en France au profit de son seul autre concurrent, 20 fois plus cher ?

Pour le motif suivant : l’Avastin n’est pas, au départ, un médicament conçu pour traiter la DMLA, mais le cancer.

Lors de sa mise sur le marché en 2007, des patients atteints à la fois d’un cancer et d’une DMLA ont vu cette dernière pathologie s’atténuer lors de l’administration de l’Avastin.

C’est ainsi qu’une autre indication, inattendue, du médicament fut découverte, confirmée ensuite par l’étalon-or de la médecine « basée sur des faits » : l’étude randomisée en double-aveugle (sans jeu de mots)[3] : oui, l’Avastin marche contre la DMLA.

Cette découverte d’un « effet secondaire positif » et inattendu d’un médicament n’est pas rare : le viagra, la fameuse pilule contre les troubles de l’érection, est au départ un médicament développé pour lutter contre l’angine de poitrine !

Cette découverte n’a pas empêché le viagra d’être prescrit contre les troubles de l’érection, bien au contraire ; alors pourquoi l’Avastin, efficace contre la DMLA, fut-il en 2012 interdit contre le traitement de cette maladie ?

Pour deux raisons.

La première, c’est que cette indication ne figurait pas sur la notice du médicament : il n’était donc pas officiellement « autorisé » pour traiter la DMLA. Ce qui aurait pu être aisément modifié par les laboratoires Roche, puisque la preuve de l’efficacité de cette application avait été faite.

Ce qui nous amène à la seconde raison : Roche n’a pas fait la démarche qui aurait permis à l’Avastin de faire figurer la DMLA dans les indications de son médicament.

Pourquoi ?

La réponse se trouve… dans un jugement rendu en 2020.

Magouilles entre laboratoires
L’attitude de Roche avait, dès le départ, de quoi surprendre quand il fut question de « valider » l’indication de l’Avastin contre la DMLA.

Le laboratoire a d’abord déclaré qu’il serait trop long, et trop coûteux, d’effectuer de nouvelles études pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché supplémentaire « labellisée » DMLA.

Pourtant, au vu des bénéfices apportés par son indication contre la DMLA (qui touche 1 million de personnes en France[4]), son investissement aurait vite été remboursé.

En revanche, le laboratoire a ajouté dans sa notice des mises en garde « dissuasives » contre un usage de l’Avastin qui s’écarterait de son application officielle anti-cancer.

Étrange, non ?

Maintenant, deux informations que je ne vous ai pas encore données :

Novartis est actionnaire de Roche ;
Genentech (l’inventeur de la molécule utilisée dans les deux médicaments) a été racheté par Roche.
C’est en fait non pas le ministère de la Santé qui s’est emparé de l’affaire, mais l’Autorité de la concurrence.

En 2014 déjà, un article du Point titrait : « Deux géants pharmaceutiques auraient mis en place une entente illicite pour maintenir le prix d’un traitement ophtalmologique à un niveau exorbitant.[5] »

La lumière a été faite sur cette affaire, et elle est accablante pour les deux laboratoires, ainsi que pour l’Américain Genentech.

Une enquête de huit ans a révélé que les trois laboratoires ont agi comme complices pour empêcher le recours à l’Avastin contre la DMLA au profit du Lucentis :

« Les laboratoires ont réalisé une véritable cartographie des médecins qui utilisaient l’Avastin contre la DMLA et qu’ils appelaient les Avastin lovers, raconte la présidente de l’Autorité de la concurrence, Isabelle de Silva. Ils se sont rapprochés d’eux, ne les ont pas lâchés, les mettant en garde sur le risque d’effets secondaires de l’Avastin dans la DMLA. Ils faisaient tout pour empêcher les spécialistes renommés et influents de mener des travaux, d’intervenir dans des congrès, poursuit la présidente. Plus tard, pour ralentir les procédures lancées contre eux, les deux laboratoires ont refusé de fournir des échantillons pour alimenter les études comparatives.[6] »

Au terme de la procédure lancée par l’Autorité de la concurrence en France, les laboratoires ont été condamnés à plus de 440 millions d’euros d’amende.

Cela semble beaucoup, mais ça reste peu comparé aux quelques 2 milliards d’euros de surcoût occasionnés pour la Sécurité sociale en France !

Condamnés par l’économie… Et pour la santé ??
Résumons-nous :

trois laboratoires pharmaceutiques, qui ont entre eux des liens capitalistiques, s’arrangent en secret pour promouvoir la version la plus chère d’une même molécule contre une même maladie ;
en France, le ministère de la Santé va jusqu’à interdire la version la moins chère de ce médicament, rendant de facto obligatoire la version vingt fois plus chère[7] !
cette opération creuse un trou de 2 milliards d’euros dans la Sécurité sociale…
la « révélation » de la magouille coûte au trois labos une portion négligeable du chiffre d’affaire crapuleux réalisé pendant plus de dix ans sur le dos des patients.
Voilà « Big Pharma ».

Voilà le jeu que jouent les géants de l’industrie pharmaceutique au mépris complet de l’intérêt des patients.

Voilà la coupable complaisance des autorités de santé en France envers les manœuvres de ces entreprises qui n’hésitent pas à recourir à des pratiques frauduleuses pour accroître leur chiffre d’affaire.

Car c’est peut-être cela, le pire : si la sanction infligée à ces entreprises pharmaceutiques se trouve publiée dans la presse grand public en France… c’est dans les pages économie.

Pas dans les pages santé !

Or il s’agit d’abord de notre santé.

La santé n’est pas une « économie » comme les autres. Les médicaments ne sont pas une « industrie » comme les autres.

C’est ce qui rend leurs dérives si scandaleuses.

Pour un scandale du Médiator révélé, pour les magouilles de Roche, Novartis et Genetech sanctionnées, combien de bénéfices vertigineux continuent à être faits par les représentants les moins honnêtes de l’industrie pharmaceutique, avec la complicité des autorités ?

Je vous laisse méditer là-dessus, et m’écrire en commentaire si pour vous, « Big Pharma » est un terme complotiste… ou une réalité encore mal connue du grand public.

Rodolphe Bacquet Avastin (bévacizumab) et Lucentis (ranibizumab)  Avastin (bévacizumab) et Lucentis (ranibizumab)

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